Journée internationale du Handicap : Les Nations Unies Togo et la FETAPH plaident pour une société plus inclusive
Des voix se joignent à celles des personnes handicapées pour appeler à une société inclusive qui fait de l’égalité des droits la clé d’un progrès social durable
Certaines en fauteuil roulant, d’autres appuyées sur des béquilles ou guidées par des cannes blanches, attentives aux voix qui résonnent dans la salle, elles étaient plusieurs dizaines de personnes handicapées à braver le soleil brûlant de ce matin du 3 décembre 2025 pour prendre place dans l’immense tente aménagée de ce grand hôtel de la capitale togolaise. La salle de conférence, illuminée de lustres brillants, est décorée aux couleurs des visuels et affiches sur le handicap, l’inclusion et l’égalité des droits. Autour des tables, sont installées par huitaines des personnes de petite taille, des personnes atteintes d’albinisme au teint éclatant et des jeunes malentendants échangeant en langue des signes, autant entre elles qu’avec des personnes non handicapées. C’est cette véritable diversité humaine qui a caractérisé la cérémonie officielle de la célébration de la 33è Journée internationale des personnes handicapées au Togo autour du thème : « Favoriser des sociétés inclusives pour les personnes handicapées afin de stimuler le progrès social ».
Organisée par la Fédération togolaise des associations des personnes handicapées (FETAPH) avec l’appui du système des Nations Unies (SNU) et d’autres partenaires techniques et financiers dont la GIZ, la rencontre présidée par Mme Aïssatou Titikpina, représentant la ministre des Solidarités, du Genre, de la Famille et de la Protection de l’Enfance, a vu la participation de plusieurs organisations de la société civile. Une occasion pour Enyonam Akakpo-Numado, président de la FETAPH de lancer un appel à la justice sociale en ces termes :
Investir dans la santé, la réadaptation, l’éducation inclusive et l’élimination des obstacles, permet de réduire les coûts, en rendant les gens autonomes et productifs à travers une politique d’emploi des personnes handicapées.
Il a insisté sur la nécessité de « passer des discours à l’action », par la mise en œuvre de mesures urgentes comme le recrutement des diplômés handicapés sans emploi et l’intégration des technologies d’assistance dans les assurances maladie.
Des plaidoyers porteurs de solutions
Si les discours institutionnels ont rappelé les engagements pris et les défis persistant, ce sont surtout les plaidoyers portés par les personnes handicapées qui ont le plus marqué cette journée. Les messages livrés avec émotion et conviction ont mis en lumière des réalités souvent invisibles et des urgences à traiter pour que l’inclusion devienne davantage une réalité.
Parlant du cadre légal, les intervenants ont appelé à la mise en œuvre effective des dispositions de la Convention relative aux droits des personnes handicapées et du cadre juridique national sur la protection sociale.
L’inclusion n’est pas une loi, c’est un choix de société. En rendant ces droits effectifs, nous ferons du Togo un pays plus juste, plus cohésif et plus ambitieux pour tous,
a indiqué Nestor, personne non voyante. Il a invité à la ratification du protocole africain relatif aux droits des personnes handicapées, à l’adoption rapide de la loi révisée de la protection sociale des personnes handicapées et à l’alignement complet du cadre juridique sur les standards internationaux.
Sur la question d’accessibilité, Nadiratou, malentendante, a déclaré en langue de signes que l’accessibilité physique, numérique et linguistique restent un défi pour les 800 mille personnes vivant avec un handicap au Togo. Elle a expliqué que l’absence de rampes, de signalétiques adaptées, de transports accessibles, le manque d’information en formats inclusifs tels que la langue des signes, le braille ou le Facile à Lire et à Comprendre (FALC), ainsi que l’inaccessibilité des sites web et services en lignes sont entre autres des obstacles à leur inclusion. Elle a précisé qu’«Investir dans l’accessibilité, c’est renforcer l’équité, stimuler l’innovation et construire un Togo plus juste et plus compétitif.» Elle a de ce fait plaidé pour l’intégration systématique des normes d’accessibilité dans les infrastructures publiques et privées, la mise à disposition d’informations en formats adaptés et l’application des standards internationaux pour l’accessibilité numérique.
Le coût élevé des technologies d’assistance, quasi prohibitif pour la majorité des ménages vulnérables, a été également indexé par les porteurs des messages de plaidoyer du jour.
Au Togo, le prix d’un fauteuil roulant adapté peut varier de 150.000 à 500.000 F Cfa, bien au-delà du pouvoir d’achat moyen
a révélé Abla, parcourant des doigts les points en relief de sa page en braille. Une situation qui prive des milliers de personnes handicapées d’outils essentiels à leur autonomie, à leur mobilité et à leur insertion professionnelle. Les intervenants ont ainsi appelé à la subvention ou l’exonération fiscale des matériaux entrant dans la fabrication et l’importation des équipements, ainsi que le soutien à la production locale pour réduire la dépendance aux importations et créer des emplois.
L’éducation inclusive et l’absence de personnes handicapées dans les sphères de décision notamment à l’Assemblée ont été également au centre des préoccupations. Selon Rebecca, albinos lunettes anti-rayons de soleil sur les yeux,
alors que le besoin sur le plan national en enseignants itinérants est d’au moins 354 d’ici à 2030, le pays ne compte aujourd’hui que 42.
D’où la nécessité de former et déployer davantage d’enseignants itinérants, de fournir des outils pédagogiques adaptés aux besoins des enfants handicapés car, « Investir dans la scolarisation des enfants handicapés, c’est préparer un avenir plus juste pour tous », a souligné Rebecca. D’autres intervenants ont rappelé la nécessité d’imposer un quota de personnes handicapées à élire lors des élections législatives, régionales et municipales pour défendre leurs causes dans l’hémicycle et dans les conseils municipaux et régionaux ; de créer une direction spécifique dédiée à l’éducation inclusive ou encore de créer une prime de mobilité en faveur de personnes handicapées.
Les Nations Unies avec la FETAPH pour l’égalité des droits en faveur des personnes handicapées
En réponse à ces appels, la Coordonnatrice résidente par intérim du SNU, Mme Yaye Kanny DIALLO a réaffirmé l’engagement des Nations Unies aux côtés du gouvernement et des organisations de personnes handicapées. « L’inclusion n’est ni un acte symbolique ni une démarche ponctuelle : c’est un investissement stratégique pour la transformation de nos sociétés », a déclaré la RC a.i, annonçant par la même occasion, la signature prochaine d’un cadre de partenariat avec la FETAPH pour renforcer la collaboration. Elle a salué l’engagement des autorités notamment à travers la déclaration de politique générale du Président du Conseil le 2 décembre 2025, les progrès déjà réalisés, notamment l’amélioration du cadre juridique, les initiatives d’éducation inclusive et l’accessibilité progressive des infrastructures. Au regard des défis persistants, le SNU continuera d’œuvrer en soutien aux autorités et aux organisations de personnes handicapées à travers sa stratégie globale d’inclusion du handicap.